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Risque de séquence des rendements au début de la retraite

Une baisse de marché combinée aux premiers retraits gruge le capital : prévoyez une réserve pour les premières années.

Publié le 2026-07-21

Cathédrale Marie-Reine-du-Monde et Place Ville Marie

Deux retraites aux rendements moyens identiques peuvent finir à des centaines de milliers de dollars d'écart, selon le seul ordre des années : c'est le risque de séquence des rendements, concentré au début du décaissement, quand le capital est à son maximum et que chaque vente pendant une baisse cristallise une perte définitive, les parts liquidées au rabais ne participant plus à la reprise. La parade ne consiste pas à prédire les marchés mais à réduire les ventes forcées : une réserve de deux ou trois années de retraits en dépôts liquides et titres courts, qui finance les retraits pendant qu'une baisse se replace; des revenus garantis couvrant l'essentiel, qui réduisent d'autant les retraits obligatoires; une règle flexible qui reporte les dépenses reportables après une mauvaise année. L'allocation garde des actions, une retraite de trente ans ayant besoin de croissance, mais ne se retrouve jamais forcée de les vendre au mauvais moment. Cet article chiffre le risque sur des cas jumeaux et guide la construction des trois défenses.

Identifier les retraits des premières années

Le risque de séquence tient à un fait simple : deux retraités obtenant le même rendement moyen sur trente ans peuvent connaître des issues opposées selon l'ordre dans lequel ces rendements surviennent. Des mauvaises années au début, combinées à des retraits, épuisent le capital d'une façon qu'aucun rendement ultérieur ne rattrape. Les cinq premières années de décaissement concentrent donc l'essentiel du risque. Chiffrer les retraits prévus pour ces années précises, en dollars, est la première étape : c'est ce montant, pas la valeur totale du portefeuille, qui est exposé au mauvais scénario.

Comprendre pourquoi la vente aggrave la baisse

Un portefeuille qui recule de vingt pour cent récupère si on n'y touche pas. Le même portefeuille dont on retire quarante mille dollars pendant le creux vend des unités à prix déprimé, et ces unités ne participent jamais à la reprise. Le capital restant est alors durablement plus faible, et chaque retrait suivant représente un pourcentage plus élevé du solde, accélérant l'épuisement. Cette mécanique, absente de la phase d'accumulation où l'on achète plutôt que l'on vend, explique pourquoi la même stratégie de placement se comporte différemment avant et après la retraite.

Constituer une réserve qui évite les ventes

La parade la plus directe consiste à détenir en liquidités ou en placements à très court terme l'équivalent de deux à trois années de retraits. Cette réserve finance les prélèvements pendant un recul, ce qui laisse le reste du portefeuille se rétablir sans être entamé. Elle se reconstitue lors des années positives, en prélevant sur les gains. Cette réserve a un coût : le rendement moindre sur cette portion. Ce coût est le prix d'une assurance contre le seul risque capable de compromettre définitivement un plan de retraite par ailleurs raisonnable, et il se calcule facilement.

Ajuster l'allocation sans prédire les marchés

La seconde parade est structurelle : réduire la part en actions dans les années entourant la retraite, puis la laisser remonter progressivement une fois la période critique passée. Cette trajectoire, contre-intuitive puisqu'elle augmente le risque avec l'âge, protège précisément la fenêtre où la vulnérabilité est maximale. Un retrait flexible complète le dispositif : réduire les prélèvements discrétionnaires de dix ou quinze pour cent pendant une mauvaise année produit un effet comparable à une réserve. Aucune de ces mesures n'exige de prévoir les marchés, ce qui est exactement leur intérêt.

Scénario québécois : comparer avant de confirmer

Deux collègues de Trois-Rivières prennent leur retraite à un an d'écart avec des portefeuilles jumeaux de 600 000 $ et les mêmes retraits de 30 000 $ par année. Dix ans plus tard, l'un détient encore 580 000 $, l'autre 390 000 $, sans qu'aucun ait commis d'erreur : seule la séquence des rendements diffère, le second ayant essuyé une baisse de 25 % dès ses deux premières années. La démonstration, présentée par une planificatrice à un futur retraité de la même usine, illustre le risque propre au début du décaissement : vendre pendant une baisse transforme un recul temporaire en perte permanente, chaque part liquidée au rabais ne participant plus à la reprise, et les premières années pèsent démesurément parce que le capital y est à son maximum. La parade ne consiste pas à prédire les marchés, mais à réduire les ventes forcées. Son plan se construit ainsi : trois années de retraits en dépôts liquides et titres courts, réserve qui achète le droit d'attendre une reprise sans vendre d'actions; les revenus garantis, régimes publics et rente d'employeur, couvrant déjà les dépenses essentielles, la réserve n'a que le train de vie discrétionnaire à porter; et une règle de retrait flexible, les dépenses reportables se reportant après une mauvaise année. L'allocation, revue sans boule de cristal, garde des actions pour les vingt-cinq ans à financer. Le futur retraité repart avec une phrase à afficher : les moyennes de rendement se réalisent sur trente ans, mais la retraite se joue dans l'ordre où elles arrivent.

À vérifier

  • Chiffrer les retraits des premières années
  • Constituer deux ou trois ans de réserve liquide
  • Couvrir l'essentiel par les revenus garantis
  • Écrire la règle des dépenses reportables
  • Reporter le reportable après une mauvaise année
  • Garder des actions pour les décennies à financer
  • Refuser toute vente forcée en baisse
  • Puiser dans la réserve pendant les creux
  • Reconstituer la réserve pendant les reprises

Questions fréquentes

Pourquoi les premières années de retraite sont-elles si sensibles?

Parce que le capital y est à son maximum et que chaque vente pendant une baisse cristallise une perte définitive : les parts liquidées au rabais ne participent plus à la reprise. Deux retraites aux rendements moyens identiques divergent de centaines de milliers de dollars selon l'ordre des années.

Comment réduire les ventes forcées sans prédire les marchés?

Par une réserve de deux ou trois années de retraits en dépôts liquides et titres courts : elle finance les retraits pendant qu'une baisse se replace. Les revenus garantis qui couvrent l'essentiel réduisent d'autant les retraits obligatoires, et une règle flexible reporte les dépenses reportables après une mauvaise année.

Faut-il abandonner les actions à la retraite?

Non : une retraite de vingt-cinq ou trente ans a besoin de croissance, et un portefeuille trop prudent crée son propre risque, celui de s'épuiser. La parade au risque de séquence n'est pas d'éliminer les actions, mais de ne jamais être forcé de les vendre au mauvais moment.

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